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Charles Darwin (1809-1882)
On sait depuis bien longtemps que Science et Religion ne font pas bon ménage. Pour s'en convaincre, il suffit de nous rappeler ce qui s'est passé il y a quelques siècles sous nos latitudes : citons, parmi bien d'autres, deux exemples célèbres comme l'abjuration de Galilée (« et pourtant elle tourne ») ou le procès et le bûcher de Giordano Bruno, tous deux coupables d'avoir eu raison trop tôt. Je précise « sous nos latitudes » car ce mal est universel et touche toutes les sociétés, sous tous les climats : les religions (et d'une manière plus générale les systèmes philosophiques) n'aiment guère que l'on remette en question leurs dogmes, « vérités » immuables et sans appel.
Pourtant la Science ne s'intéresse pas à la Religion : elle
décrit des faits, émet des hypothèses, propose une méthode expérimentale et avance des explications, retenues jusqu'à ce qu'une observation plus précise vienne approfondir... ou infirmer l'idée
de départ. La Religion, en principe du domaine privé, cherche quant à elle à expliquer le Monde d'un point de vue métaphysique et souhaite moraliser la Société. En théorie, il s'agit par
conséquent de deux approches ambitieuses de l'esprit humain mais dont les chemins n'ont pas de raison de se croiser... Sauf que, afin d'asseoir ses théories qui sont en fait des « révélations »,
la Religion – quelle qu'elle soit
– a besoin d'affirmer des vérités... qui relèvent du domaine scientifique. Ainsi, des créationnistes claironnent à qui veut bien les entendre que « la Terre a été créée il y a 6000 ans » ou « que Adam et Ève ont bel et bien
existé », remettant ainsi en cause le fondement même de la paléontologie. Ces affirmations d'un autre âge prêtent évidemment à sourire et ne traduisent que l'ignorance (pour rester poli) de leurs
auteurs. C'est tellement vrai que certains créationnistes eux-mêmes le reconnaissent et, en haussant les épaules avec un sourire entendu, expliquent qu'il s'agit là de métaphores mal digérées et
que le débat se situe à un autre niveau. Ceux-là ont compris que le meilleur moyen de faire triompher leurs opinions est de donner l'impression de combattre la Science « de l'intérieur », avec
ses armes ou, pour être plus exact, avec des armes qui ressemblent à celles de la Science et qui sont destinées à promouvoir des théories pseudo-scientifiques.
Le dernier avatar créationniste actuel, tarte à la crème brandie par tous ceux qui ne sauraient se contenter de la réalité (le hasard, le néodarwinisme, l'Univers en expansion, l'insignifiance de l'Homme dans la Galaxie, etc.) s'appelle le « dessein intelligent » ou, pour reprendre le terme exact de leurs concepteurs nord-américains, « the intelligent design ». Nous allons nous intéresser d'un peu plus près à ce concept qu'il convient de bien connaître afin de combattre cette nouvelle ignorance aux effets délétères. Toutefois, au préalable, il n'est pas inutile de revenir sommairement sur l'historique du combat créationnisme- science.
D'abord, un peu d'histoire
Bien qu'existant depuis que la Science a cherché à s'extirper du domaine religieux, le véritable point de départ du débat remonte à la publication par
Charles Darwin de son célèbre ouvrage « l'origine des espèces » (1859). Pour la première fois, un scientifique, s'appuyant sur une
observation minutieuse du vivant, osait affirmer que les espèces avaient évolué au fil du temps (des millions d'années), se transformant progressivement pour certaines d'entre elles ou
disparaissant purement et simplement pour d'autres, faute d'adaptation à un monde changeant. Pire pour les créationnistes, ce changement progressif était essentiellement dû
au hasard, cette « évolution » n'ayant en soi aucune finalité précise. De ce fait, l'Homme n'était qu'une espèce vivante au sein d'une multitude, ne représentant aucun « progrès »
particulier. Dieu étant absent de la théorie, le sandale fut profond chez les croyants intégristes qui ne renoncèrent jamais à contester ce qui, pourtant, tombait sous le sens de l'observation
scientifique. Moins présente avec la religion catholique (Jean-Paul
II reconnaît que « la théorie de l'Evolution est bien plus qu'une simple
hypothèse »), la « contestation » de l'Evolution est surtout présente avec l'islam et encore plus avec
les fondamentalistes protestants
(notamment aux USA), créationnistes purs et durs.
C'est en 1925
qu'un procès célèbre donna raison aux créationnistes dans
le Tennessee : les contestataires, ici les scientifiques, furent condamnés à des amendes pour avoir
défendu la théorie de l'Evolution et la sélection naturelle, ce qui était contraire aux lois de l'état du Tennessee, un jugement qui fit jurisprudence dans nombre d'états, notamment du sud des
États-Unis. Il faudra attendre plus de 35 ans pour que ce jugement soit invalidé : nous sommes alors en 1960 et le procès a lieu à Little Rock, dans l'Arkansas. Cette fois, la théorie de l'Evolution et celle de la Création ne sont plus considérées comme équivalentes du point de vue de l'enseignement : seule la
première est appelée à être enseignée, au grand dam des créationnistes de tous bords, et c'est encore aujourd'hui la position des Autorités américaines. Ne pouvant contester directement la
théorie de l'Evolution qu'ils considèrent comme « antiscientifique » (sic), les créationnistes changèrent de tactique en introduisant un nouveau concept : le dessein
intelligent.
Le « dessein intelligent »
Cette nouvelle approche des créationnistes est donc née de la décision de la Cour suprême des USA jugeant que seules les théories scientifiques peuvent être enseignées dans
les établissements publics américains, ce qui ne peut être le cas des théories créationnistes. D'où l'introduction de cette nouvelle théorie, le dessein intelligent. De quoi s'agit-il en réalité
? D'une adaptation pseudo-scientifique du transformisme de
Lamarck où est défendue, à travers ce transformisme, la
notion de progrès ou, dit autrement, celle d'une tendance au perfectionnement : l'Univers est comme il est parce qu'il est parfaitement ajusté à l'Homme et justement si l'Homme a pu apparaître,
c'est précisément en raison de paramètres spécifiques prévus pour lui. On ne défend plus de thèses « fixistes » mais on avance que l'Evolution n'a pas pu se faire « par hasard » et qu'elle recèle
une volonté supérieure ayant « organisé » tout cela. Au delà du raisonnement quelque peu circulaire, on comprend que la dimension réintroduite est celle de la finalité. Bien sûr, on ne cite plus
le nom de Dieu mais on prétend alors que l'évolution au fil des âges ne pouvait aboutir qu'à l'Homme,
maillon
ultime et forcément le plus évolué de toute la « Création » (voir le sujet sur le schiste de
Burgess). Il n'y a plus de hasard et l'Univers ne pouvait conduire qu'à cette solution, un aboutissement prémédité depuis le
départ.
Malheureusement pour les créationnistes, aucune preuve scientifique n'a jamais été apportée par eux pour conforter ce qui reste une profession de foi. Les juges ne s'y sont pas trompés puisque, lors d'un nouveau procès qui s'est tenu cette fois en 2005 à Dover (Pennsylvanie) et pour exactement les mêmes motifs qu'en 1960, il fut répondu que le dessein intelligent, malgré ses tentatives pour paraître « scientifiquement acceptable », ne répond pas plus à des critères scientifiques que le créationnisme simple de naguère. Inutile de préciser que ce jugement soulagea considérablement les scientifiques du pays (même les « croyants ») pour lesquels la mise sur un pied d'égalité des deux approches aurait considérablement terni l'image de la science américaine. Ajoutons qu'un même soulagement gagna les scientifiques du monde entier... Les fondamentalistes américains et autres évangélistes n'ont certainement pas dit leur dernier mot : j'en veux pour preuve l'effort considérable (et les masses d'argent) qu'ils déploient pour faire triompher leurs idées. Même en France, pays fondateur de la laïcité, nous ne sommes pas à l'abri de ces obscurantismes.
La solution, c'est la connaissance
D'abord et avant tout, il faut diffuser les connaissances
scientifiques modernes en matière d'évolution, notamment
dans les lycées et notamment dans les classes de biologie. Les théories antiscientifiques quel que soit leur habillage prospèrent avant tout sur l'ignorance du plus grand nombre. Il est vrai
qu'il s'agit là de disciplines ardues qui n'intéressent guère tous ceux que la Science, pour une raison ou pour une autre, rebute. Toutefois, une démarche de vulgarisation est nécessaire : au
delà des ouvrages savants et des articles documentés qui sont par définition réservés à un petit groupe d'intéressés, il est indispensable de présenter de manière ludique l'histoire de nos
ancêtres. Je suis personnellement ravi de voir qu'un certain nombre de films et de documentaires (exposés d'Yves Coppens, films sur l'évolution de l'Homme, sur les dinosaures, documentaires en
images de synthèse de la BBC, etc.) se sont attelés à cette tâche difficile, notamment par l'intermédiaire du plus grand des médias de vulgarisation : la télévision.
Glossaire (sources : Wikipedia France)
* transformisme : le transformisme est une théorie biologique dont l'histoire remonte à l'époque où Jean-Baptiste de Lamarck énonça sa fameuse théorie sur l'évolution des espèces. Elle désigne aujourd'hui indifféremment toute théorie impliquant une variation (ou transformation) des espèces au cours de l'histoire géologique. On peut en cela l'opposer au fixisme, et donc au créationnisme et à ses différentes variantes (théorie des créations ponctuées, par exemple).
* fixisme : le fixisme est la
théorie selon laquelle il n'y a ni transformation ni dérive des espèces. Chaque espèce serait apparue telle quelle au cours des temps géologiques. C'est donc une théorie qui renie la spéciation
et qui s'oppose aux théories de l'évolution. Elle est souvent confondue avec le créationnisme et pourtant, il est possible de revendiquer une position de créationniste et de fixiste en même temps
ou encore de créationniste et d'évolutionniste. De nos jours, aucun biologiste n'accepte plus cette théorie.
Images
1. Charles Darwin, pionnier de la biologie moderne (sources : bip.cnrs-mrs.fr)
2. la création d'Adam et Eve, enluminure (sources : www.telequebec.tv)
3. la Pape Jean-Paul 2 (sources : wikipedia.fr)
4. image extraite d’un livre scolaire illustrant la nouvelle théorie du dessein intelligent (sources : canalacademie.com/)
Mots-clés : religions - méthode expérimentale - créationnisme - dessein intelligent (intelligent design) - Charles darwin - hasard - islam - fondamentalisme protestant - procès de Little Rock - transformisme - Jean-Baptiste de Lamarck - procès de Dover - laïcité - télévision
(les mots en blanc renvoient à des sites d'informations complémentaires)
Mise à jour : 23 juillet 2009
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