Partager l'article ! DE L'ASTRONOMIE : Big Bang et origine de l'Univers: ...
Au début, il n’y avait rien. Ou quelque chose. S’il n’y avait rien, comment l’Univers s’est-il constitué ? S’il y avait quelque chose, d’où cela pouvait-il venir ? Voilà
quelques unes des questions fondamentales sur la matière que se sont de tout temps posé les hommes. Il n’est pas encore possible pour la Science de répondre à ces interrogations mais elle peut
aujourd’hui apporter un éclairage sur l’origine de notre propre univers (qui n’est peut-être qu’un parmi d’autres) et ce n’est déjà pas si mal.
Deux univers possibles
Dans un précédent sujet (voir article les galaxies), j’évoquais le fait
que du temps de mon enfance la communauté scientifique hésitait encore entre deux types d’univers :
• l’univers dit stationnaire, notamment défendu par l’éminent astronome Fred Hoyle,
dans lequel des étoiles se créent approximativement en quantité identique à celles qui meurent : un univers finalement sans véritable début ni fin,
• et un univers marqué par un point de départ, un « noyau » initial à partir duquel, par un phénomène d’expansion, étoiles
et galaxies se sont créées. Ce modèle était défendu entre autres par Alexandre Friedmann et l’abbé Lemaître (qui
l’évoquèrent les premiers) et Edwin Hubble.
De nos jours, il n’y a plus guère de doute et le deuxième modèle,
celui du Big Bang, fait la
quasi-unanimité de la communauté scientifique. Il faut dire que deux éléments ont entretemps été mis en évidence : d’abord, il y a eu la découverte de l’expansion de
l’univers par Hubble puis celle du fonds diffus cosmologique par Penzias et Wilson (voir article fond diffus cosmologique). Ajoutons que, récemment, on a pu mettre en évidence que non seulement il
y a expansion mais que celle-ci s’accélère. Essayons d’en dire un peu plus.
Le « Big Bang »
Fred Hoyle (vous vous rappelez, c’était l’opposant à la théorie du noyau originel) s’esclaffait à l’idée qu’un « truc » hyperdense et hyperconcentré ait pu donner naissance à
l’univers tout entier et, un jour, à la radio, pour tourner en dérision ce concept qu’il jugeait grotesque, il lui donna le nom de « Big Bang ». Cette
appellation ironique ayant été reprise par l’usage courant, ce fut en quelque sorte sa contribution à la théorie qu’il détestait. Mais que dit-elle au juste, cette théorie ? Revenons sur les
principales étapes de la formation de notre univers, il y a environ 13,7 milliards d’années.
En fait, tout s’est joué au cours de la première seconde comme nous allons le voir. Ensuite… Ensuite, l’histoire a suivi son cours. Toutefois, ce qu’il faut bien comprendre,
c’est que, au tout début, les principes de la physique ne peuvent pas s’appliquer (puisqu’ils sont en rapport avec l’Univers d’aujourd’hui qui est bien différent) : il est donc impossible pour
les chercheurs actuels de trouver les équations qui décrivent ce point de départ et encore moins possible de le modéliser, même partiellement. Revenons sur le début de l’histoire et essayons de
comprendre ce qu’il en découle.
On évoque donc un « début » mais on ne sait évidemment pas ce qu’il y avait avant : rien du tout ? Un autre univers qu’il nous est bien
difficile d’imaginer ? Un univers comme celui dans lequel nous vivons mais qui en serait arrivé à son stade ultime de contraction dans ce que l’on appelle un Big Crunch ? Il est impossible de le
savoir et il est probable que cette connaissance restera pour toujours hors de notre portée… Il y a toutefois une chose que nous pouvons aujourd'hui affirmer : « autour » de ce noyau originel, il
n’y avait rien : ni espace, ni temps. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle on n’a pas le droit de parler « d’explosion » (le terme Big Bang est d’une
certaine manière impropre) qui ne peut se produire que « dans quelque chose » : l’Univers, lui, s’est créé au fur et à mesure de son expansion…
De fait, si expansion il y a (et tout le donne à penser), il faut bien convenir que le point de départ est forcément infiniment plus petit que l’Univers actuel et que, d’autre
part, puisque aucune nouvelle matière ne peut se créer, il contenait déjà toute la matière : c’est l’un des points qui contrariait tant Fred Hoyle. Sous quelle forme était-elle cette matière ? La
théorie du Big Bang en donne une idée qui, outre les preuves visibles déjà évoquées, permet l’utilisation relativement crédible des équations (hormis le point originel).
Les principales phases de la théorie du Big Bang
• avant
L’espace, le temps, l’énergie et la lumière sont fusionnés et il n’existe qu’une seule force unique, appelée la supergravité. C’est un
moment de l’histoire de l’Univers que l’on appelle « l’ère de Planck », ainsi nommée d’après le physicien allemand qui, le premier, lui donna un rôle central
dans la mécanique quantique.
• 10-43 seconde : le temps de Planck
L’incroyable température du début décroissant, la gravité est la première des quatre forces (voir le sujet : constituants de la matière) à se séparer de la supergravité. Du coup, les trois autres forces
(interaction électromagnétique, forces nucléaires forte et faible) constituent ce que l’on appelle la force électronucléaire.
• 10-35 seconde : l’inflation
Une des trois forces associées du temps précédent, la force nucléaire forte, se sépare à son tour des autres et devient
indépendante : c’est le temps de l’inflation, c'est-à-dire d’une dilatation prodigieuse et violente de l’espace dans toutes les directions ce qui, au
demeurant, explique l’homogénéité de l’Univers tel qu’il nous apparaît lorsqu’on le regarde quel que soit le point d’observation. Cette inflation – ou brutale expansion – s’est produite en un
temps si court qu’il ne compte pas par rapport à la durée de vie actuelle de l’Univers et on trouve ici l’explication de ce paradoxe déjà évoqué : si l’univers a 13,7 milliards d’années, comment
se fait-il qu’il soit si homogène dans toutes les directions (ce qui traduit une origine commune) car, du coup, il devrait avoir 27 milliards d’années environ (13,7 x 2) ? Eh bien, non, «
l’inflation » est là pour expliquer cette apparente anomalie (que l’on nomme « problème de l’horizon »).
• 10-11 seconde : indépendance des quatre forces
Les deux dernières forces de l’Univers encore soudées, la force électromagnétique et la force nucléaire faible, se séparent. Nous nous trouvons alors en présence d’une
répartition des forces universelles fondamentales qui subsiste toujours aujourd’hui. L’histoire de la formation proprement dite de l’Univers actuel peut commencer.
• 1/100 000 de seconde : formation des quarks
Les quarks – on l’a vu dans un sujet précédent sur les constituants de la matière - sont les « briques » élémentaires permettant la
constitution des atomes puisque composant les protons et les neutrons.
• Une seconde : la matière prédomine
Il existe théoriquement presque autant de matière que d’antimatière
et, de ce fait, particules et antiparticules se détruisent mutuellement dans un grand maelstrom d’énergie pure. Toutefois, nous le savons bien, notre Univers actuel est composé de
matière : on suppose qu’il y en avait un léger excès ce qui explique la disparition complète de l’antimatière, notre Univers actuel étant en somme issu de cet
excès de matière « normale ». Il n’en reste pas moins que cette question du rapport matière-antimatière est assez mystérieuse et, il faut bien le dire, nous n’avons pas d’explication réelle sur
la question, une question dont la résolution reste certainement comme un des défis de la physique moderne.
• Les trois premières minutes : la formation des atomes
Les premiers atomes apparaissent et, évidemment, ce sont des atomes dits « légers », c'est-à-dire simples comme l’hydrogène puis l’hélium.
Les autres ne viendront qu’ensuite. D’ailleurs, si l’on regarde la composition de l’Univers, on se rend compte que ces atomes légers sont – et de loin – les plus nombreux : environ 73%
d’hydrogène et 25% d’hélium… Rappelons néanmoins que cette matière « visible » ne représente qu’à peu près 5% de toute la matière de l’univers, les reste étant représenté par la matière noire et l’énergie sombre dont nous ne savons rien (voir sujet matière noire et énergie sombre).
• 300 000 ans (environ) : l’ère de la transparence
La température du magma initial ayant considérablement baissée, il est possible pour les électrons (négatifs) de se lier aux noyaux atomiques (positifs) et donc d’aboutir à
des structures électriquement neutres représentées par les atomes. Par voie de conséquence, la lumière peut commencer à se propager puisque la matière devient transparente. Vers 3000°, un flash énorme est émis et c’est lui (ou plutôt ses restes) qui donne le rayonnement cosmologique (voir
sujet fonds diffus cosmologique) mis en évidence par Penzias et Wilson. Le rayonnement
cosmologique a donné ses lettres de noblesse à la théorie de Big Bang, seule capable de l’expliquer. Ajoutons que ce rayonnement dit « fossile » est perceptible depuis la Terre dans toutes les
directions et qu’il est extraordinairement homogène. Totalement et complètement homogène ? Pas tout à fait puisque quelques irrégularités – des fluctuations –
ont pu être mises en évidence en son sein par nos satellites d’observation et c’est tant mieux : ce sont ces irrégularités qui expliquent la formation des galaxies…
• Naissance des galaxies
Les prémices des galaxies apparaissent sous la forme d’immenses filaments de gaz dont la condensation à certains endroits permet la
formation des étoiles qui se regroupent en amas constituant progressivement les galaxies telles que nous les connaissons
aujourd’hui (et ce en raison des forces gravitationnelles). Précisons une fois encore que, plus nous regardons loin, plus nous voyons dans le passé : on trouve ici l’explication selon laquelle les galaxies visibles le plus lointaines sont également les plus actives. En réalité, ces images appartiennent à un
temps révolu et il est certain que ces mêmes galaxies sont aujourd’hui beaucoup moins actives mais, évidemment, leur aspect actuel ne nous parviendra que dans des millions d’années : leur
éloignement est en effet considérable (et de plus en plus puisqu’elles s’éloignent de la nôtre en raison de l’expansion) or leur lumière ne peut circuler qu’à environ 300 000 km par seconde. A
titre d’exemple, la seule galaxie dont nous percevons véritablement l’état actuel, la Voie lactée, notre galaxie, ne crée plus que quelques étoiles chaque année.
La recherche de la théorie du tout
Voilà résumée en quelques lignes la théorie du Big Bang et ce que nous soupçonnons de la formation de notre univers. Est-ce à dire que nous avons tout compris ? A l’évidence
non : il reste bien des éléments à éclaircir mais notre connaissance des lois de la physique ne nous permet pas pour le moment d’aller plus loin. Il nous manque les outils nécessaires,
c'est-à-dire une physique plus complète qui permettrait de réintégrer la gravité universelle dans la mécanique quantique ce qui n’est pas encore le cas. L’unification de la théorie de la
relativité générale d’Einstein (qui décrit l’univers macroscopique) et de la mécanique quantique (qui décrit les phénomènes à l’échelle atomique) s’appelle la « théorie du tout » qui n’existe pas encore : seule cette unification permettra aux scientifiques de mieux interpréter la théorie du Big Bang. Il reste donc encore beaucoup
à faire.
Sources :
• Dossier SagaSciences (http://www.cnrs.fr/cw/dossiers/dosbig/decouv/decouv.htm)
• Wikipedia France
• Encyclopaedia Universalis
• Encyclopaedia Britannica
Images :
1. Le Big Bang (sources : library.thinkquest.org/.../AstroNet/ANphoto.htm)
2. fonds diffus cosmologique par le satellite COBE (sources : http://fr.wikipedia.org/wiki/Portail:Cosmologie/Image_du_mois%3D11)
3. l'inflation (sources : www.planetastronomy.com/special/2005-special/)
4. où est passée l'antimatière ? (sources : chocobehen.wordpress.com)
5. galaxies (sources : irfu.cea.fr/.../Ast/ast_visu.php?id_ast=2533)
Mots-clés : univers stationnaire, Fred Hoyle, Big Bang, expansion de
l'univers, fond diffus cosmologique, ère de Planck, inflation, antimatière, quarks, matière noire, énergie sombre, théorie du Tout
(les mots en blanc renvoient à des sites d'informations complémentaires)
Mise à jour : 29 mai 2009
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En tout cas ,merci de votre réponse;mais vous pouviez condenser...d'autant que vos articles en disent beaucoup.
Pour ce qui est de religion et science,je suis persuadé que de grands scientifiques laissent interférer leur croyance et leur recherche...je retrouverai des indices...
bonne soirée
Dans votre thématique,vous écrivez "B B...pt de départ le plus probable "et ensuite que le fonds diffus en constitue la preuve.
Mais alors,pourquoi "le plus probable"?
Avant, pas d'espace,pas de temps
Inconcevable,évidemment...mais démontrable évidemment.
Malheureusement nous ne sommes pas tous des "mathématiciens",c'est sans doute pourquoi la majorité se réfugie dans les croyances.
Je ne sais sur quel pied danser...en tout cas ,les croyances,pas pour moi.
Ce qui me chiffonne dans la théorie que vous défendez,c'est cette "notion" de début...qu'on n'a toujours pas situé :ça renvoie au concept de Création.
Je préfère l'infini
D'abord, merci pour votre intérêt pour ce blog. Concernant votre remarque, vous avez stricto sensu raison : une preuve devrait valider une théorie ! Toutefois, dans le domaine scientifique, il est de rigueur de ne jamais considérer les théories comme définitives mais toujours susceptibles d'être modifiées, voire infirmées. La théorie du Big Bang paraît en effet (aujourd'hui) l'explication la plus probable car correspondant le mieux à ce que nous pensons savoir de l'univers. Dans ce contexte, le fonds diffus cosmologique est une illustration attendue - et surtout visible - de la théorie du Big Bang telle qu'imaginée par les cosmologistes. Il ne faut toutefois pas oublier que - comme c'est mentionné dans le sujet - les tout premiers instants de ce Big Bang échappent aux lois physiques que nous connaissons et qu'il reste bien des points encore discutés d'où cette prudence...
Vous faites également allusion au concept de "création" qui vous chagrine : il faut préciser ce que l'on entend par là. Dans notre univers, toute chose doit bien avoir un commencement (et d'ailleurs une fin) : ce qui importe aux yeux des "croyances", c'est de savoir si cette création a été l'oeuvre consciente d'un créateur (d'ailleurs, il faut bien expliquer aussi la "création" de ce créateur !). Nous sommes alors dans le domaine des religions. La science, elle, constate, cherche des explications mais pas des significations ésotériques. En d'autres termes, elle s'intéresse au comment et jamais au pourquoi. Le Big Bang n'est peut-être qu'une étape dans un procesus bien plus gigantesque : certains évoquent des multi-univers, d'autres un processus répétitif de "contraction-extension" avec des infinités de Big Bang... En fait, nous ne savons pas ce qu'il y avait avant le début de notre univers. Ce que l'on sait, c'est qu'il y a des traces d'une expansion soudaine, comme provenant d'un "noyau" originel, et qui, après une phase qualifiée d'inflation (une expansion plus rapide que la vitesse de la lumière) est toujours à l'oeuvre et va même en s'accélérant. Il est difficle d'imaginer ce que peut être cette expansion dans rien (puisque l'univers se crée au fur et à mesure), difficile de comprendre un "infini ayant quand même des limites". Comme je l'ai écrit quelque part, nous vivons nous-mêmes dans un monde petit et limité qui nous a conditionnés ainsi : peut-être nous manque-t-il ce pouvoir d'abstraction qui nous permettrait de saisir véritablement la notion d'un univers infini mais limité, avec un centre et des bords partout et nulle part...
hallucinant ces articles!
bonne soirée
+ 5 pour aujourd'hui
http://topmusic.boosterblog.com
merci pour ce beau partage je te souhaite un agréable Dimanche @ bientôt... +5
Si, Zefyrane, les deux théories sont incompatibles car vraiment opposées. D'un côté, on a le Big Bang avec son univers qui se crée au fur et à mesure de son expansion et qui possède toujours la même quantité de matière créée une fois pour toutes (les atomes qui composent notre corps ont jadis fait partie d'une autre structure, peut-être une étoile ou une nébuleuse de gaz...); de l'autre côté, on a un univers stationnaire où la même quantité de matière se crée et se détruit sans cesse : cet univers-là n'a aucun commencement et probablement pas de fin; de plus il est infini dans le temps et l'espace au contraire de l'univers du Big Bang qui est également infini (puisque rien n'existe en dehors de lui) mais qui a quand même des limites (le fonds diffus cosmologique en est la preuve). Je sais que tout cela paraît quelque peu compliqué et ésotérique mais... En tout cas, ces deux univers auraient du mal, comme tu peux le constater, à coexister.
Concernant la "respiration" universelle à laquelle tu fais allusion, il s'agirait d'une sorte d'expansion/contraction. On s'est longtemps posé la question de savoir, en effet, si notre univers, après la période d'expansion que nous connaissons actuellement, n'allait pas "revenir" sur lui-même en une gigantesque contraction qui finirait peut-être dans un nouveau "noyau originel", la matière se retrouvant hypercompressée comme au début. Cette théorie s'appelle "la théorie du Big Crunch". On pourrait même envisager un cycle éternel d'expansions/contractions, pourquoi pas ? Sauf que les mesures à présent assez précises sur l'univers actuel ne vont pas dans ce sens : non seulement, notre univers est en expansion (modèle Big Bang) mais cette expansion s'accélère ce qui ne va pas du tout dans le sens d'un Big Crunch. Au contraire, les scientifiques penchent plutôt aujourd'hui pour une fin de l'univers dans l'étirement et la dilacération de la matière, les galaxies et les étoiles s'éloignant les unes des autres dans un vide immense, absolu et glacé... Mais pas tout de suite, évidemment : dans des miliiards d'années. Ouf !